«Vous avez des premières chances cette semaine ? »
(Période : 1999-2002)
1999-2002 : Période de forte turbulence professionnelle. Au cours de ces quatre années, je change une dizaine de fois d’employeurs. En tant que pigiste, ma collaboration avec le Groupe Hachette s’achève sur un exploit. J’arrive à convaincre mon rédacteur en chef, de passer deux longs sujets présentant les hippodromes parisiens dans…
Télé 7 Jours.
Je profite de la rédaction de ces articles pour établir quelques contacts dans le milieu des courses.
Faisant part à
Isabelle Coltier (
Cheval Français) de mon envie de faire quelques piges dans la presse hippique, celle-ci me propose gentiment d’entrer en relation en son nom avec quelques décideurs de ses amis.
C’est tout aussi gentiment que ceux-ci déclineront mon offre de service.
Il faut dire que mon CV est un peu mince et ma démarche un peu complexe de type « Je souhaiterais devenir journaliste hippique mais je ne suis pas toujours disponible ».
Enfin et surtout, ce n’est pas le plein-emploi dans la presse, et dans celle-ci en particulier.
Les médias généralistes relaient de moins en moins l’information hippique. Des rubriques « sautent » que ce soit sur les ondes ou dans la presse nationale et locale.
Entretien téléphonique avec Bernard Barouch (Agence TIP)
18 Mars 1999, 10 heures
…
BB – Et puis, vous savez, je viens déjà de récupérer deux jeunes confrères qui ont perdu leur emploi avec la fin d’activité de 3615T….
- Je comprends. Je comprends bien que vous fassiez confiance en priorité à des professionnels qui ont déjà un peu d’expérience et que par ailleurs, vous connaissez. C’est tout à fait normal. J’aimerais ceci-dit vous posez une question.
BB – Oui, je vous écoute
- Comment faire selon vous pour intégrer ce milieu sans relation et sans expérience ?
BB – En frappant à toutes les portes, en proposant de l’inédit, en essayant de deviner les besoins de vos interlocuteurs.
…
Il est vrai que je me suis très mal préparé à la rencontre de mes « interlocuteurs ».
Ce n’est qu’après ma conversation avec Bernard Barouch que je cherche à savoir en quoi consiste son entreprise et ses activités. Parmi celles-ci, notre homme propose de courtes interviews d’entraîneurs avant chaque quinté. Evidemment, certains ne jouent pas le jeu. Il y a là quelque chose à faire et une piste à exploiter. Mais je n’ai pas le temps, car pour ce genre d’exercice, il faut se constituer un réseau et gagner la confiance de professionnels méfiants, peu diserts lorsqu’il s’agit d’évoquer les chances de leurs partants, et quelquefois partisans du « no comment ».
Ce qui nous ramène à
André Fabre, mais pas seulement à
André Fabre. D’autres professionnels à l’instar de
Fabre ne s’adressent pas ou plus à la presse. Parfois à toute la presse ou une partie d’entre elle, ou simplement à l’un de ses représentants frappé d’excommunication pour une virgule mal placée, un propos déformé ou pire, un commentaire acidulé.
Un silence qui peut être temporaire (souvent) ou définitif (plus rarement).
Jean-Paul Gallorini pendant un moment, a fait partie de cette minorité silencieuse, ce qui va plutôt mal à ce logorhéen assumé.
John Hammond, qui a d’ailleurs fait ses classes chez
André Fabre, fait plus ou moins partie de cette confrérie. Un professionnel que
Bernard Barouch connaît bien pour avoir un peu ferraillé avec lui.
Plus tard, parmi les trotteurs,
Jean-Claude Hallais ou
Christophe Gallier seront eux aussi
frappés de soudaines extinctions de voix.
1999-2002 : André Fabre ? Petite période de turbulence aussi chez l’entraîneur cantilien.
Sur un strict plan comptable, ses effectifs se sont réduits d’un tiers entre 1997 et 2001. Des problèmes liés à la nouvelle legislation du travail qui entrave les velléités expansionnistes du mentor de Peintre Célèbre. Moins de personnel, moins de chevaux. Moins de chevaux mais aussi moins de chevaux de qualité.
Car l’émergence et la mise sur orbite de l’écurie
Godolphin commencent à produire des effets secondaires sur les bilans annuels de l’entraîneur français.
En effet, jadis gros client d’
André Fabre,
Cheikh Mohammed s’est plus ou moins mis à entraîner pour son propre compte.
Il confie dorénavant ses meilleurs chevaux à
Saïd Bin Suroor, mais il semble que ce soit lui en personne, qui élabore le programme de ses champions.
Cheikh Mohammed veut donc tout faire à tel point qu’il monterait en course ses champions, s’il le pouvait. C’est d’ailleurs
Frankie Dettori, lui même, qui l’affirme.
Conséquence : Il n’y a plus d’
Intrepidity, de
Carnegie, de
Pennekamp, de
Swain dans les boxes d’
André Fabre.
Ces chevaux, sous la casaque
Maktoum (casaque grenat-manches blanches), avaient permis à
Fabre au début des années 90 de remporter de nombreux classiques. Leurs successeurs font défaut à présent (le
Prix Lupin 1999 de
Gracioso sera le dernier groupe I remporté par André Fabre pour cette casaque).
Certes,
Cheikh Mohammed poursuit sa collaboration avec l’entraîneur cantilien, mais lorsque l’un de ses chevaux arrive à maturité classique, c’est dorénavant sous la casaque
Godolphin qu’il s’impose (c’est notamment le cas de
Doyen qu’
André Fabre épargnera dans sa troisième année avant que celui-ci change d’entraînement et ne s’impose sous l’entraînement
Bin Suroor dans les
King George).
Une attitude qui, au moins dans un premier temps, ne fut pas du goût de l’entraîneur cantilien. On sait qu’il fit pression, à sa manière, pour conserver
Pennekamp dans ses boxes à 3 ans, alors que
Cheikh Mohammed voulait déjà le repeindre « en bleu ». Mais on imagine que face à un tel client, il ne pouvait gagner toutes les batailles et encore moins une guerre de cette nature.
Plus tard, d’autres chevaux comme
Slickly ou encore
Cherry Mix, entraînés par André Fabre mais propriétés
Lagardère, quitteront eux aussi Chantilly une fois acquis par le
Cheikh Mohammed.
Les résultats classiques 2001-2002 d’
André Fabre subissent donc le double contre-coup des 35 heures et à un degré moindre de l’omnipotence de
Cheikh Mohammed. Mais pas seulement car début 2001, les chevaux de l’effectif
Wildenstein quittent aussi sa cour pour rejoindre celle d’
Elie Lellouche.
L’exercice français 2001-2002 au niveau Groupes I est le plus faible enregistré par
André Fabre depuis quinze ans. Ces deux saisons seront en partie sauvées par le « Khaled Abdullah »
Banks Hill et le « Lagardère »
Vahorimix (vainqueur assez veinard dans le
Marois mais vainqueur tout de même).
On commence à lire dans la presse quelques propos ironiques sur le (toujours) tête de liste des entraîneurs français. On parle du déclin irréversible de la maison
Fabre mais on n’ose pas encore écrire à ce sujet. Il est encore trop tôt.
André Fabre est toujours égal à lui même. Lorsque l’on croise notre homme sur les hippodromes, il a toujours cette expression impassible sur le visage et semble, au premier abord, indifférent à la courbe déclinante des gains qu’il amasse chaque année avec ses champions et au grenouillage des turfistes professionnels ou amateurs.
A Saint-Cloud je le vois même sourire en écoutant les blagues d’un de ses collègues. Un sourire de Joconde, certes. Mais tout de même.
Fidèle à sa ligne de conduite, il ne parle toujours pas à la presse française et préfère réserver toute son éloquence pour les joueurs. Exemple :
Hippodrome de Longchamp, dimanche 19 septembre 2002, 17 heures 15
Deus joueurs discutent près des balances, quand André Fabre se présente. Le plus jeune se met en travers de la route de l’entraîneur.
Joueur 1 – Monsieur Fabre, Monsieur Fabre ?
André Fabre -…
Joueur 1 – Monsieur Fabre, vous avez des premières chances cette semaine ?
André Fabre (filet de voix) – Oui
Et l’entraîneur, conscient peut-être d’en avoir déjà trop dit, de disparaître en reprenant sa marche, infligeant à son interlocuteur, un cadrage-débordement digne d’un Lagisquet ou d’un Blanco (vitesse en moins).
C’est vers la fin de cette année-là que j’imagine me lancer à l’assaut d’
André Fabre et de lui proposer le principe d’un entretien fleuve à faire paraître sur un support non spécialisé.
J’en parle d’ailleurs à l’un de ses anciens collaborateurs qui manque de s’étouffer en m’écoutant.
Mais, fin 2002, j’ai aussi d’autres préoccupations qui vont absorber toute mon énergie pour quelques années. Interviewer
André Fabre n’est qu’un projet, pas encore une fixation.