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A la poursuite d'André Fabre : Episode 0
Envoyé par LALO le 25/9/2006 13:21:19

Episode 0

« Ce ne sont pas des voitures, ce sont des chevaux »
(2003-2005)

Le projet « Interview d’André Fabre » fait à présent partie de mon actualité. L’idée a donc fait son chemin et, miracle, j’arrive enfin à trouver du temps pour me lancer dans l’aventure.
Evidemment, vu l’interlocuteur, ça ne va pas se faire sur un simple coup de fil après avoir tapé André Fabre et Chantilly sur www·pages-jaunes·fr.
Il s’agira plutôt d’emprunter les chemins de traverse, les itinéraires bis en gardant en mémoire cette conversation   :


Discussion avec Dominique L., ancien collaborateur d’André Fabre
Hippodrome de Longchamp, 8 avril 2005, 14 heures

- Il est comme ça. De toute façon, même avec son personnel, il n’est pas expansif. Et puis, alors, s’il se sent trahi, je peux te dire que c’est la fin. Et parfois, on ne sait même pas pourquoi il peut t’en vouloir. Je ne sais même pas pourquoi il m’en a voulu à un moment donné. De même, Je ne saurais pas te dire ce qui est à l’origine de cette rupture avec la presse.
- Si aujourd’hui, tu étais journaliste, tu ferais comment pour lui demander une interview ?
- Déjà, je ne l’aborderais pas ici. Je crois que je l’aborderais de manière indirecte. Par le biais du polo ou peut-être que j’essaierais de convaincre en premier sa femme, Elisabeth, de l’intérêt de la chose. Elle est très très impliquée dans son activité.
- Ca te semble envisageable car on a l’impression que tous ceux qui ont essayé de l’approcher avec cette idée ont aujourd’hui capitulé…
- Ce sera vraiment très difficile, pas forcément impossible, mais presque. En tout cas, s’il refuse d’emblée, n’insiste pas.


Dominique L. n’est pas le prénom, ni l’initiale du nom de mon interlocuteur qui a souhaité garder l’anonymat et relire ce court extrait de notre discussion (pour vérifier « que rien ne dépasse » dans la retranscription de ses propos).
Dominique L. est donc un ancien employé d’André Fabre.
Leur aventure professionnelle ne s’est à priori pas très bien terminée mais, nullement aigri, il reste admiratif devant l’œuvre de son ex-patron : «J’ai en quelque sorte vu l’empire se constituer pièce par pièce » m’avoue-t-il, la gorge un peu serrée.

Ce qu’il me dit ce jour-là, ses conseils en particulier ne font que confirmer ma première impression. Si je veux atteindre mon objectif, il faudra :

- éviter l’approche frontale avec André Fabre, et l’observer sérieusement avant d’agir ;
- bénéficier d’un contexte favorable pour formuler ma demande ;
- profiter d’un « dos », c’est à dire d’un allié dans l’entourage de l’entraîneur ;

- ne « venir qu’en une seule fois », c’est à dire le convaincre immédiatement de l’intérêt de ma démarche et de cette interview.

Je commence donc à envoyer mes sondes au début de l’année 2006. Je profite de deux ou trois contacts officiant dans le monde des courses, et déjà je rencontre des gens qui ont fréquenté de près ou de loin le mentor d’Arcangues.
Premier constat, je m’aperçois que si André Fabre ne parle pas, peu de mes interlocuteurs acceptent de parler de lui. En tout cas pas à découvert, pas si je les cite. C’est un phénomène que l’on rencontre parfois lorsque l’on veut faire le portrait ou préparer l’interview d’une célébrité, mais dans le cas présent, les limites sont repoussées.
André Fabre ferait-il peur ? Oui et non. Je doute que la réserve de mes interlocuteurs soit liée au personnage André Fabre mais plutôt à la forme microcosmique de l’univers dans lequel celui-ci évolue. Un univers à l’intérieur duquel tout le monde se croise et se recroise que ce soit sur les hippodromes, sur la Piste des Aigles ou dans la boulangerie de monsieur Martin à Chantilly.
Difficile dans ces conditions de parler franchement à un journaliste d’une personne que l’on rencontre une dizaine de fois par jour. Et avec lequel, on aura peut-être à travailler ou à retravailler à un moment ou à un autre. Je me heurte d’emblée à une forme d’omerta.
Autant dire, que ça ne s’engage pas très bien.

2003-2006 : Alors que l’on spéculait sur le déclin et la chute de la maison Fabre, ce dernier rebondit pour finalement atteindre des sommets.
Au cours du cycle précédent, il perdait les Wildenstein et les meilleurs Maktoum. Au début de celui-ci, il aurait pu perdre les Lagardère car l’industriel français, disparu le 14 mars 2003, lègue à son fils Arnaud les rênes d’une écurie dont il ne sait que faire (ce dernier préférant nettement le tennis aux courses de chevaux). On redoute un temps un démantèlement de ses effectifs, voire la disparition du Haras d’Ouilly et de Val Henry qui abrite Linamix.
On imagine Cheikh Mohammed, on imagine Dubaï, on se trompe.
Fort heureusement, en 2005, après de longues et discrètes tractations, c’est l’Aga Khan qui va réaliser l’acquisition de la totalité de la branche hippique du pôle Lagardère.
Le Prince qui aime les challenges n’en est pas moins un esprit conservateur, un légitimiste.
Une chance pour l’élevage français mais aussi pour les anciens collaborateurs et employés de l’industriel français dont les contrats sont pour la plupart reconduits dans leurs missions.
André Fabre est donc conforté et continue à entraîner les chevaux de la filière Linamix (et autres produits d’élevage estampillés Lagardère). L’engagement du Prince est vite récompensé et en cette même année 2005, Valixir, Vadawina, Carlotamix permettent à André Fabre d’offrir cinq groupes I à son nouveau client.
Et ce n’est qu’un début, car l’investissement du Prince est surtout porteur de belles promesses sportives. Celui-ci a probablement su tirer le meilleur parti possible des Boussac dont il s’était jadis porté acquéreur. On peut penser qu’il fera mieux encore avec le catalogue Lagardère qui semble de meilleure qualité.

Finalement, l’horizon se dégage pour l’entraîneur cantilien.
D’autant que celui-ci est en train de dessiner en caractère gras les contours d’un axe franco-allemand avec les victoires classiques de Grey Lilas, Hurricane Run 1ère version (pour le Gestüt Ammerland de Dietrich von Boetticher) et Shirocco (pour le Baron Georg von Ullmann).
Et puis, il y aussi l’étonnante histoire d’Hurricane Run. Racheté par le duo Magnier-Tabor à la mi-saison 2005, le fils de Montjeu reste finalement à Chantilly alors qu’on avait plutôt imaginé qu’il traverserait la Manche pour se rapprocher de son illustre père et surtout pour passer sous la coupe d’Aidan O’Brien, l’entraîneur attitré des propriétaires irlandais.
Une démarche surprenante mais payante car Hurricane Run remportera l’Arc de Triomphe sous la poigne de Kieren Fallon. Encore présent sur les pistes en 2006, Hurricane Run est d’ores et déjà installé favori de l’Arc 2006. Fera-t-il mieux que son géniteur en remportant deux Arc consécutifs ? Un tel exploit ferait forcément jaser. Serait-il de nature à sceller un rapprochement franco-irlandais durable et quantitatif ? Un rapprochement dont Fabre serait sans doute le principal bénéficiaire ? Patience.
En tout cas, l’exercice 2005 réalisé par les protégés d’André Fabre est remarquable. Avec pas de moins de 9 groupes I remportés en Europe, l’entraîneur cantilien réalise donc son meilleur bilan classique. La fin de saison de ses protégés est d’ailleurs tonitruante et s’achève par la victoire de la casaque Mulryan (propriétaire irlandais, lui aussi) dans le Critérium de Saint-Cloud.

Il y a une autre nouveauté. La ligne semble s’être rétablie avec la presse hexagonale. Un tout petit peu. Presque rien, à vrai dire. Mais c’est déjà un gros progrès.

Tout d’abord, André Fabre accorde un commentaire au magazine Of Course au sujet de Gary Stevens, le célèbre jockey américain, auquel il confia les clés de ses bolides, le temps d’une demi-saison en 2004. Une brève expérience qui n’a pas donné les résultats escomptés au grand dam des deux hommes qui s’estiment mutuellement. Un regret aussi pour bon nombre de turfistes (dont je fais partie) qui auraient aimé que Stevens poursuive pendant au moins un an cette collaboration (le temps indispensable pour permettre à un jockey étranger de s’acclimater aux courses françaises si particulières, si tactiques). Les propos d’André Fabre sur le crack-jockey US sont bien sûr élogieux sans être anodins lorsqu’il évoque la monte de « l’ami américain ». On aimerait évidemment que l’exercice se prolonge et qu’il évoque de la même façon les autres pilotes auxquels il a fait appel à un moment ou à un autre.

Plus tard, il y aura cette fameuse interview donnée à Canal+ dans la foulée de l’Arc remportée par Hurricane Run. Pas vraiment une interview, juste quelques mots volés au « sphinx » probablement abusé par l’accent anglais et l’accoutrement psychédélique de son interlocuteur et qui pensait peut être répondre à un journaliste de BBC Sport.


Interview d’André Fabre, réalisée par Daren Tulet, Canal+
Hippodrome de Longchamp, 8 octobre 2005, 17 heures

- Monsieur Fabre, une petite question, vite fait. Félicitations. Vous êtes vraiment le roi ici. Six Arc de Triomphe, c’est extraordinaire.
Quel est votre secret ?
- Le secret, c’est d’avoir le cheval qui convient. Ce n’est pas une course d’entraîneur, c’est une course de chevaux, vous savez…
- Effectivement ! Mais comment vous avez fait pour préparer celui-là… Et comment vous le classez parmi tous les autres vainqueurs ?
- Je ne les classe pas parce que ce ne sont pas des voitures, ce sont des chevaux. Et puis, je l’ai préparé comme d’habitude, ni plus, ni moins.
- Est-ce que vous avez douté pendant la course ? Un moment donné, il était dernier…
- Ce n’est pas ça qui m’inquiétait, c’est plutôt qu’il avait perdu beaucoup de terrain au début.


Au moment de « l’interview », je suis sur mon canapé dégustant la course avec un thé et un Magnum (merveille de gâteau chocolat-praliné de la boulangerie Do Lago –Puteaux-).
Totalement dépassé par l’audace de Darren Tulet et par la rapidité de l’échange, je n’ai même pas le temps d’armer le magnétoscope pour enregistrer « l’événement ». Heureusement, les gens de Canal me transmettront aimablement la cassette de l’exploit réalisé par leur audacieux chroniqueur. Merci à eux.
Une cassette que je visionnerai une quinzaine de fois. Pour y constater deux choses.

Une chose que j’avais déjà plus ou moins perçue. Une tendance chez André Fabre à s’effacer derrière ses chevaux et leurs performances. Une attitude humble au premier abord mais que l’on peut interpréter de différentes manières. Une attitude qui peut rappeler celle d’un Jean-Luc Godard par exemple qui dans les années soixante voulait s’effacer derrière ses films jusqu’à vouloir faire disparaître son nom au générique de ceux-ci. Or, les films de Jean-Luc Godard sont clairement identifiables tout comme les programmes élaborés par André Fabre pour ses meilleurs chevaux portent la signature de l’entraîneur cantilien. Notamment cette faculté à gérer les temps forts et les temps faibles dans leurs carrières qui permet à ses champions de durer et notamment de passer le cap délicat de la quatrième année en continuant à produire des performances classiques ou semi-classiques (1).
Non, André Fabre n’a plus rien à prouver et peut se permettre de s’effacer. Mieux, ça doit même l’arranger. Car comme le Jean-Luc Godard de la fin des années 60, il est déjà sur son « socle » (comme disait Truffaut). Sur un socle, on y voit mieux, c’est un avantage. Sur un socle, on est aussi plus visible ce qui est plus embarrassant si l’on n'aime pas ça. D’où peut être cette volonté de disparaître un peu. La position, oui. L’exposition, non.

Une autre chose apparaît dans cette interview. Aux trois questions posées par Tulet, Fabre répond par trois tournures négatives : « Ce n’est pas une course d’entraîneur », « ce ne sont pas des voitures », « ce n’est pas ça qui m’inquiétait ».
D’emblée, André Fabre refuse aimablement de suivre son interlocuteur sur la voie que celui-ci désigne et c’est encore une attitude que l’on retrouve chez le cinéaste suisse de la Nouvelle Vague qui lui accepte de donner des interviews mais pour mieux les dynamiter. En gros, vous lui parlez champ-contre champ et il vous parle du quatrième set du match Lendl-Mc Enroe, Roland Garros, édition 1985.
André Fabre use lui d’une autre rhétorique. Il ne recourt probablement pas aux fulgurances métaphoriques du cinéaste suisse mais désarçonnerait plutôt son interlocuteur en stigmatisant son imprécision sur le mode «votre question est mal formulée», «cette expression est inadéquate», «vous avez raison, mais je préfère le dire comme ça» ce qui en gros résume son échange improvisé avec Darren Tulet. André Fabre va donc avec les mots là où il veut bien aller et aurait certainement sur la durée une tendance à prendre le jeu à son compte et à le pratiquer à son propre rythme. Un interviewer trop offensif face à lui essuierait probablement les mêmes passing-shots que Mc Enroe dans son quatrième set légendaire face à Lendl, Rolland Garros, édition 2005.

Il y a là comme une leçon à méditer. Pour réussir une interview d’un tel personnage, il faudrait que je me hisse à la bonne hauteur (la sienne) et adopte la bonne vitesse (la sienne) et que je ne me laisse jamais dépasser ou emporter par mon élan.

(1) First Magnitude, Banks Hill, Indian Danehill, Dansili, Fragrant Mix, Slickly, Amylinx, Swain, Loup Sauvage, Equerry sont des Fabre parmi d’autres qui ont remporté des courses de niveau groupe à 3 et 4 ans.

Photos par Sulanami

 

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jedittout Re: Episode 0
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jedittout

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bonne vision encore de ta part , si tu vas dans le sens du vent chaud qui soufle sur la methode d'approche que tu reussi a cerner je doute que ton souhait ne se realise pas , car avec le temp tous vient a qui cet attendre , et toi je sais que la patience et ton arme , bonne continuation.
25/9/2006 18:10 Profil

linamix Re: Episode 0
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De Godard, André Fabre a adapté Le Mépris dont il a à nouveau jouer deux fois une scène culte après la victoire de Rail Link dans l'Arc, devant les caméras de Canal + et en exclusivité pour le public français : « Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? »
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Agathe Karina était parfaite dans la réplique.

Qu'est-ce que je peux faire ? Je sais pas quoi faire !
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