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A la poursuite d'André Fabre : Episode 1
Envoyé par LALO le 27/9/2006 12:32:05

Episode 1

« Avec vos sandales, ça ne passera pas »
(1er semestre 2006)

Je passe donc la vitesse supérieure mais, pour autant, je tente de respecter ma ligne conduite. Donc, j’observe, j’interroge. Je prépare l’interview d’André Fabre comme si elle était déjà programmée. Je constitue une documentation. Je commence les recherches en épluchant ma collection de Paris-Turf 1995-2005. Je renonce car la tâche s’avère vite insurmontable. J’isole les numéros présentant les Arc de Triomphe sachant que Fabre a toujours joué un rôle majeur dans cet événement majuscule.

Je tombe ainsi sur un dossier préparé par Olivier de la Garoullaye (4/10/03) et un article de François-Charles Truffe (1/10/05). Le dossier est évidemment le plus intéressant puisqu’il propose une interview de l’ancienne secrétaire de l’entraîneur, une biographie de celui-ci et une approche ontologique du personnage. L’article de Truffe est plus littéraire et l’auteur semble l’avoir rédigé en feuilletant un dictionnaire de citations (1). La deuxième partie de son article prend un certain relief lorsque l’auteur se décide à convoquer Napoléon en référent ultime, en parent éloigné d’André Fabre. Il est possible que Napoléon fasse partie des figures mythologiques d’André Fabre qui organise, dit-on, de belles parades militaires sur les pistes matinales de Chantilly.

Pour ma part, et puisqu’il est question ici des courses comme d’un art de la guerre, je verrais plutôt André Fabre en Clausewitz. Un stratège dont il doit certainement posséder l’intégrale, et auquel il doit se référer lorsqu’il étale ses cartes d’état-major sur la grande table de sa salle à manger afin d’y déplacer des chevaux miniatures : « Si j’envoie mon Hurricane Run en Angleterre, alors mon Shirocco peut prendre la direction de l’Irlande, je garde mes Aga Khan pour ici, je préserve Rail Link et je réunis tout le monde à Paris en octobre, si le ciel le permet. Ne me reste plus qu’à convaincre chacun du bien fondé de ma stratégie ». J’extrapole un peu. Les choses ne se passent sans doute pas comme ça dans la salle à manger des Fabre. Certainement pas en costume d’époque en tout cas. Mais, je suis sûr par contre que « De la Guerre », le best seller de Clausewitz, figure en bonne place dans la bibliothèque personnelle de l’entraîneur français.

Je lance d’autres recherches. Je trouve un article du Guardian amusant, un long et passionnant dossier rédigé par Homéric sur Cheikh Mohammed dans lequel Fabre apparaît évidemment en guest star incontournable. Je récupère ses lignes de palmarès sur France Galop, sa fiche rédigée par Guy Thibault et d’autres informations sur des sites japonais très documentés.

J’ai collecté à ce jour pas mal d’éléments. Suffisamment pour me rendre compte que j’ai la mémoire qui flanche car cette somme d’informations me permet de corriger quelques erreurs commises dans les épisodes –2, -1 et 0 de mon aventure. Dans ceux-ci, je présentais Sunschack comme une propriété Maktoum, confondais Act One et Solar One et écrivais Longevialle avec un seul l.

Les informations amassées me permettent de repérer certaines lacunes dans mon récit mais l’ensemble de cette documentation me semble encore insuffisant.
Pour obtenir plus d’infos, je m’oriente vers Paris-Turf afin de connaître les numéros du journal dans lesquels on peut trouver un article consacré à l’entraîneur cantilien.
Il me faut aussi approcher François Hallopé, son directeur de la rédaction pour quelques éclairages sur les rapports qu’entretient Fabre avec la presse.
Un journaliste que le sujet Fabre semble transcender.
Récemment encore dans deux éditoriaux séparés de quelques jours (l’un paru dans Paris-Turf, l’autre dans le Journal du Dimanche), il n’a pu s’empêcher en évoquant Christophe Gallier (2) de rebondir sur le mutisme historique d’André Fabre.

Entre juin et juillet, je dois passer une dizaine de coups de fil à la rédaction de Paris-Turf. A chaque fois, François Hallopé est :

  1. en réunion
  2. en vacances
  3. en plein bouclage
  4. parti déjeuner

Et parfois, il ne revient pas de déjeuner. Heureusement au neuvième coup de fil, j’atterris à la documentation de Paris-Turf où l’on m’énumère une liste d’une vingtaine d’articles concernant André Fabre. Une aubaine. Je repartirai plus tard à l’assaut du directeur de la rédaction de Paris-Turf. Pour l’heure, j’ai de la lecture.

En marge de mes recherches, il me faut penser à associer quelques images à mon article. Piètre photographe, je décide de solliciter le talent de mon copain Alain S. qui n’est pas un professionnel mais qui connaît les courses et cerne rapidement mes intentions.
Son profil est assez éloigné des paparazzi surexcités que j’ai pu un temps fréquenter lorsque je travaillais pour Hachette-Fillipacchi. Pas le genre à passer en force pour faire une image. Alain, c’est plutôt tout le contraire. Nous nous fixons rendez-vous pour la réunion du 14 juillet à Longchamp car nous avons la certitude qu’il y aura des Fabre, ce jour-là.
Cette réunion-là est d’un genre atypique. Elle se déroule en semi-nocturne et s’achève par un feu d’artifice de circonstance. Ce soir là, il y aura aussi un feu d’artifice sur la piste. Un feu d’artifice dominé par les couleurs vertes, blanches et roses, celles de la casaque Abdullah puisque trois de ses protégés s’imposeront lors de cette réunion dont Rail Link, préparé par André Fabre qui remportera un Grand Prix de Paris sponsorisé par… Khaled Abdullah lui même. Tautologie des courses françaises…

J’avais prévenu Alain que, ce soir-là, nous allions accéder au rond de présentation mais côté propriétaire pour une plus grande proximité et qu’il était donc indispensable d’adopter une tenue disons « adaptée ». Lorsque je le retrouve à notre rendez-vous, il est magnifique dans son habit de lin sous un chapeau élégamment assorti.

Mais, lorsque nous nous approchons de l’accès aux « propriétaires » où se dresse un agent de la GTHP, je le sens se dérober sur la droite comme le font à Vincennes les chevaux drivés par Jean-Michel Bazire lorsqu’ils ploient sous l’effort. Sauf qu’Alain semble lui, victime de son irréductible réserve.

Passage côté propriétaire, bas de l’escaltor
Hippodrome de Longchamp, 14 juillet 2006, 17 heures

Moi- Alain, tu viens ?
A- Euh, oui, j’arrive, tu crois…
GTHP- (moitié ironique, moitié suspicieux) Qu’est-ce qu’il a votre ami ?
Moi- Il est photographe, on travaille ensemble. Tu viens, Alain ?
A- (prenant sur lui) Oui, j’arrive…
Et Alain de s’approcher en baissant la tête et en empruntant une trajectoire circulaire des plus inadaptées pour me rejoindre. 8 secondes aux 5 mètres, mais, et c’est un exploit, il vient de vaincre son appréhension. Il est là et c’est beau.
GTHP- (le détaillant de la tête au pied) Ben oui, mais ça va pas le faire !
Moi- Pardon ?
Alain- (médusé)…
GTHP- Ben oui, ça va pas le faire avec ses sandales. Je ne peux pas laisser passer ça.
Alain- (prostré, baissant la tête de plus belle)…
Moi- Mais quel con !!!
Alain- (me regardant, meurtri jusqu’à la fin de ses jours)…
Moi- Mais non, pas toi !
GTHP- ???
Moi- Mais non pas vous, moi. J’aurais dû voir tes sandales et te le dire qu’elles étaient contre-indiquées. Excuse-moi.


Cet échec n’empêchera pas Alain de réaliser quelques belles images. De mitrailler André Fabre sous différents angles, en compagnie de sa femme, de Kieren Fallon ou de Christophe Soumillon (des clichés sur lesquels, on peut se rendre compte de l’élasticité du visage de notre crack-jockey). Alain réussira aussi à capter le léger strabisme convergent du mentor d’Hurricane Run. Un strabisme qui m’intrigue un peu. Bref des images prometteuses car il m’en faudrait d’autres. D’un commun accord nous nous donnons rendez-vous début septembre pour la suite et en chaussures de ville, cette fois.

1er semestre 2006. André Fabre pour sa part commence l’année 2006 comme il a commencé l’année 2005, donc sur des bases assez élevées avec juste, un léger retard sur son tableau de marche précédent. En gros il lui manque le Groupe I perdu par Hurricane Run à Saint-Cloud pour être tout à fait dans les temps. Rail Link s’est révélé. Et les deux compères Shirocco et Hurricane Run sont sur la lancée de leurs performances 2005.
Hurricane Run est un cheval vraiment peu ordinaire. Un champion d’une froideur arctique qu’il faut souvent secouer comme un prunier afin qu’il trouve son action. Sa victoire à Newmarket dans les King George, devant tout de même des galopeurs de la trempe d’Electrocutionnist et Heart’s Cry, laisse songeur car à l’entrée de la dernière ligne, on ne donnait pas cher des chances du fils de Montjeu tant son jockey semblait déjà s’activer sur son dos.
Mais un peu comme à Longchamp en octobre 2005, c’est finalement en labourant la corde qu’il terminera son parcours comme un genre de motoculteur à réaction (en reprenant au passage l’élégant Heart’s Cry qui semblait partie pour un canter quelques mètres plus tôt).
La victoire d’Hurricane Run est une victoire personnelle d’André Fabre qui revendique pleinement le programme 2006 du champion.

Un programme en tout point comparable à celui élaboré pour son père en 2000 et qui s’était achevé par un échec dans l’Arc remporté par Sinndar. Un programme lourd.
L’échec d’Hurricane Run à Saint-Cloud avait d’ailleurs laissé perplexe. Après l’épreuve, on imaginait le fils de Montjeu sur le déclin, parti pour échouer, comme son père, dans la quête d’un deuxième Arc consécutif. Le voici réinstallé favori de l’édition 2006 de cette épreuve face à une opposition, faut-il le préciser, beaucoup plus relevée cette année (avec à sa tête son collègue de bureau, Shirocco, mais aussi et surtout Deep Impact que Yutaka Take, son jockey, présente comme le meilleur cheval japonais de l’Histoire des Courses).
Le fait que Christophe Soumillon ait été associé au champion dans les King George porte également la signature d’André Fabre (3). Le cavalier belge ne jouissait pas avant la course d’un crédit illimité outre-manche et cela depuis l’échec d’Hurricane Run dans le Jockey-Club 2005 que la presse spécialisée britannique avait en partie imputé à la verdeur de notre crack-jockey. Les gens de Coolmore auraient peut-être préféré les montes des historiques Spencer ou Kinane dans l’Arc anglais. Mais il est vraisemblable qu’ils se soient finalement rangés au choix d’André Fabre prêt avant le coup à « assumer totalement un éventuel échec » ce qui était par avance une façon de « revendiquer totalement la victoire de son protégé ». André Fabre est forcément conscient des retombées que pourraient avoir un doublé d’Hurricane Run dans l’Arc qui est à ce jour le seul Magnier-Tabor figurant dans ses boxes. Retombées probables sur son activité mais aussi et surtout sur sa légende.

  1. Salvador Dali, Michel Tournier, Johann-Sebastien Bach, Jules Renard, Jean-François Revel, Cioran, Staline, Duke Ellington font partie du casting convoqué par Truffe.
  2. l’entraîneur de Jag de Bellouet a pendant un moment refusé de répondre à la presse suite au déclassement de son champion dans le Prix d’Amérique 2006.
  3. impliqué dans une affaire de courses truqués, Kieren Fallon n’a plus le droit de monter en course en Angleterre pour une période encore indéterminée.

Photos par Sulanami

 

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jedittout Re: Episode 1
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tres bon se passage , je suis bluffer par ta vision du personnage(toi) qui par dessu tout reste tres humble devant la tache qui veux acomplir et le but en sera plus meritent ; je te dit pas que tu reussira, mais tu et loint de ne pas pouvoir le faire en depis de certin autres ! a suivre avec interrer.
27/9/2006 13:52 Profil

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